FECAFOOT – Grille salariale minimum des clubs : les paradoxes d’une rigueur à géométrie variable

La Fédération camerounaise de football (FECAFOOT) a publié une nouvelle grille des salaires minimums des entraîneurs, des joueurs et des joueuses évoluant dans les championnats professionnels camerounais. Une mesure qui s’inscrit, sur le papier, dans une volonté de professionnaliser davantage le football national.

L’initiative est louable. Mais elle soulève une interrogation de fond : comment une fédération peut-elle imposer une grille salariale à des clubs, qui sont des personnes morales juridiquement distinctes, tout en restant silencieuse sur la rémunération de ses propres arbitres, qui officient sous son autorité ?

Qu’on se comprenne bien. Il ne s’agit pas de dire que la FECAFOOT n’a pas le droit de fixer un salaire minimum dans le football professionnel. Non. En revanche, les bonnes pratiques en la matière veulent généralement que ce type de réforme soit élaboré en concertation avec les clubs, qui connaissent mieux que quiconque leurs réalités économiques. Surtout, l’on aurait souhaité voir la fédération commencer par appliquer cette logique à son propre fonctionnement, notamment en apportant des réponses claires à la question des émoluments des arbitres.

Ailleurs, les fédérations assument la rémunération de leurs arbitres !

En Espagne, un arbitre central perçoit environ 264 504 euros par saison (pour une vingtaine de matches). En Allemagne, il touche près de 194 000 euros, devant l’Italie (159 708 euros), l’Angleterre (157 895 euros) et la France (145 208 euros).

Ces chiffres ne servent pas à comparer des économies qui n’ont ni les mêmes moyens ni les mêmes réalités. Ils illustrent plutôt un principe : dans les grands championnats, la rémunération des arbitres est connue, assumée et fait partie intégrante de la gouvernance du football.

Au Cameroun, la situation est tout autre !

La FECAFOOT communique sur les salaires minimums des joueurs, qui sont pourtant liés contractuellement à leurs clubs, mais entretient une opacité persistante sur les émoluments des arbitres. Pourtant, ces dernières années, la question de leur rémunération n’a cessé d’alimenter l’actualité. Les mouvements de grève se sont multipliés, paralysant parfois les compétitions professionnelles. Plusieurs arbitres ont dénoncé d’importants retards de paiement, certains évoquant des arriérés remontant sur plusieurs saisons.

L’arbitre est pourtant le seul acteur sans lequel un match ne peut tout simplement pas commencer. Il est donc paradoxal qu’il demeure aussi celui dont les conditions de rémunération restent les moins transparentes.

La grandeur ne se proclame pas, elle se démontre !

Cette situation contraste avec les ambitions affichées en 2021 par Samuel Eto’o, élu à la présidence de la FECAFOOT avec une promesse forte : « Redonner au football camerounais toute sa grandeur. »

Redonner sa grandeur au football camerounais, ce n’est pas seulement améliorer les conditions des joueurs ou fixer des obligations aux clubs. C’est aussi garantir la dignité, la transparence et la considération de tous les acteurs de l’écosystème, y compris les arbitres, sans lesquels aucune compétition ne peut exister.

La professionnalisation ne peut être à géométrie variable : Un devoir de cohérence !

Avant d’imposer des standards aux autres, une institution doit pouvoir démontrer qu’elle applique les mêmes principes à son propre fonctionnement. Car la crédibilité d’une réforme ne se mesure pas uniquement aux obligations qu’elle crée pour les autres, mais aussi à l’exemplarité de celui qui les édicte. À l’épreuve de ce principe de cohérence, la FECAFOOT s’expose inévitablement à la critique.

✍️ Alain Denis Ikoul | Le 7H20 DE CFOOT

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