François Hiondi Nkam IV : «on ne fait pas le haut niveau avec un pareil désordre»
Le journaliste sportif et auteur a commenté mercredi sur l’antenne de Canal 2 International la défaite concédée par les Lions Indomptables devant le Cap Vert le 9 Septembre. Il explique cette déconvenue par le bras de fer qui oppose le ministère des sports et de l’éducation physique à la Fédération Camerounaise de Football. Notre confrère n’épargne pas non plus Marc Brys à qui il attribue la responsabilité de la défaire sur le plan technique.
« Je suis très gêné de venir débriefer simplement ce match en une quarantaine de minutes. Parce que ce que l’on voit avec cette sélection et ce que l’on a vu hier était un résumé de l’état dans lequel se trouve le football camerounais. Nous avons fait notre lit, viendra le moment de se coucher. J’ai toujours attiré l’attention sur le fait qu’on ne fait pas le haut niveau avec un pareil désordre. Avec une pareille cacophonie ! Je vois des gens tirer. Marc Brys devient la cible facile (…) Il a fait les matches avec des adversaires de moindre calibre et un véritable test est arrivé avec le Cap vert et on a lamentablement trébuché.
Je voudrais qu’on évoque les causes structurelles et les causes conjoncturelles. La conjoncture est totalement délétère. Prenons d’abord sur le plan technique, les choix de Marc Brys. Il y a des choses à redire là-dessus. D’abord sa stature. Je n’ai toujours pas compris pourquoi il est dans une posture de bravade. Tout le monde a vu qu’on avait à la tête de la Fédération une ancienne vedette devenue illusionniste et manipulateur de symboles qui a tout fait pour l’empêcher de travailler. Y compris de s’asseoir aux côtés de son assistant jusqu’aujourd’hui. Sur le plan technique, je n’ai pas compris pourquoi il s’obstine à faire jouer Vincent Aboubakar. Vincent Aboubakar dans le groupe, c’est très bien. C’est le meilleur buteur en activité. C’est aussi le gars qui peut encadrer. Mais rappelons-nous que Roger Milla a écrit les plus belles pages de l’histoire du football africain en rentrant sur les fins de matches. Vouloir à tout prix faire commencer Vincent Aboubakar, c’est une incongruité pour moi. Tout comme je n’ai pas très bien compris pourquoi il a aussi rapidement cédé à la pression des gens qui lui demandaient de mettre Michael Ngadeu sur le banc. On a vu ce que ça a donné. Je me seraisattendu qu’avec le match qu’a fait Avom ici, qu’on lui donne une nouvelle chance. Il aurait pu apporter beaucoup plus de jus et de percussion sur le plan offensif.
Je reviens sur la conjoncture. Pour moi, c’est essentiel ! On est restés dans cette espèce de lubie pendant longtemps. On croyait qu’on a une équipe, forte, compétitive, qui peut rivaliser. On a entretenu un climat délétère, nauséabond, une atmosphère pourrie. Je mets au défi quiconque de me donner une seule sélection dans le monde qui fonctionne comme la sélection nationale du Cameroun. Où le président de la Fédération est clairement opposé à certains joueurs en activité. Où vous avez un ministre qui marche sur les compétences de la Fédération accentuant lui-même la cacophonie déjà visible. Il y a quelque chose d’extraordinaire que j’ai aussi vu. Quand j’étais jeune journaliste, on critiquait le sélectionneur dans le but d’obtenir de meilleurs résultats. Mais qu’est-ce qu’on a vu ces derniers temps ? Des gens ont critiqué le sélectionneur parce qu’ils voulaient absolument qu’il perde, soit débarqué et que Samuel Eto’o reprenne la main sur la sélection nationale. Donc à un moment, on a bien compris que c’est ce qui intéressait une bonne frange de Camerounais qui sont dans une posture de « soutien » de Samuel Eto’o. Bien que président de la Fédération, celui-ci n’a rien à voir dans l‘organisation technique. Malheureusement, ce qui s’est passé avec Rigobert Song est un triste souvenir qu’il ne faudrait jamais recommencer au Cameroun.