ÉDITO : FOOTBALL CAMEROUNAIS, LE DÉCLASSEMENT

Dans le cadre des éliminatoires pour la coupe du monde 2026, les Lions Indomptables du Cameroun se sont inclinés hier à Praia au Cap Vert, hypothéquant ainsi leurs chances de finir premiers du groupe et de se qualifier directement. L’hypothèse d’une qualification par les barrages paraît hautement improbable, parce qu’il faudrait finir parmi les meilleurs deuxièmes, remporter le barrage africain avant de croiser les équipes d’autres continents. Mathématiquement, les Lions ne sont pas encore éliminés ! Mais si on est honnête envers nous-mêmes, il faut reconnaitre que ça devient très compliqué, et c’est ce qui nous pendait au nez, à force de jouer avec le feu.

Afin de mieux comprendre le déclassement du Cameroun, il est important de revenir sur l’historique des places africaines en coupe du monde. A la création de la coupe du monde FIFA, l’Afrique n’avait droit qu’à une demie place. Les sélections africaines devaient passer par des barrages contre l’Europe ou l’Asie. En 1934, Égypte doit passer par un barrage contre la Turquie pour se qualifier. En 1966, l’Afrique décide de boycotter un tournoi pour lequel elle se sent lésée. La FIFA prend conscience et accorde enfin une place directe à l’Afrique. Le Maroc est le premier qualifié de l’ère moderne. En 1974 et en 1978, ce seront le Zaïre et la Tunisie.

A partir de 1982, l’Afrique aura droit à deux places. A partir de cette année, le Cameroun deviendra un qualifié permanent. D’ailleurs, c’est la prestation des Lions Indomptables en coupe du monde 1990 qui obligera la FIFA à octroyer une troisième à l’Afrique pour le mondial 1994. En 1998, on passe à cinq places et pour le Cameroun, c’est juste une formalité. Pour la coupe du monde 2026 qui aura lieu aux États-Unis, Canada, Mexique, la réforme de la FIFA et le passage à 48 équipes offre 9 places directes à l’Afrique, plus une place de barrages intercontinentaux. Et la possibilité que le Cameroun ne soit pas qualifié vous situe sur le niveau actuel du football camerounais.

Dans une poule avec le Cap Vert, la Libye, l’Eswatini, l’Angola et l’Ile Maurice, ne pas se qualifier est un violent retour de bâton. Mais en même temps, dans un pays rongé par le tribalisme, la corruption et l’incompétence, où rien ne marche, le football ne saurait être la seule chose qui irait bien. La dernière fois que j’ai pris ma plume pour alerter sur la situation du football camerounais, j’interpelais sur le fait qu’on ne peut pas affirmer qu’on va gagner la coupe du monde alors qu’on ne voit pas les prémices et les fondations d’une construction cohérente. Depuis plus de quatre ans, le MINSEP et la FECAFOOT sont engagés dans une violente bagarre sans fin qui ne peut à terme que finir pas des éliminations et des échecs.

Constamment je suis pris à partie par les extrémistes des deux camps. Mais si depuis plus de quatre ans, il n’y a personne pour ramener les deux camps à la raison, qui sommes-nous pour nous en offusquer ? Si au sommet, on trouve que c’est parfait, alors c’est parfait. Si ça se trouve, ils sont même soulagés d’aller plus rapidement battre campagne pour la réélection de leur champion de 92 ans.

On vit une période atypique où la moitié des camerounais souhaite la défaite des Lions pour faire mal à l’autre camp. Et on voudrait que tout le monde rentre dans ces stupides querelles d’égo. Pendant longtemps, on a croisé les doigts pour que la sélection de Marc Brys perde. Aujourd’hui, on commence à prendre conscience du fait qu’en cas de non qualification, ce sera un désastre sportif et financier, que les premiers perdants seront la FECAFOOT et le MINSEP, et que Marc Brys ne sera même plus là dans quelques pour nous voir pleurer.

Le déclassement a commencé il y a déjà longtemps. A part le sursaut de Hemlè qui a permis de remporter la CAN 2017, le Cameroun vole de déconvenue en déconvenue, d’élimination en élimination, dans toutes les catégories. Les Lions Indomptables seniors étaient jusque-là l’arbre qui cachait la forêt. Les clubs camerounais ne traversent plus le premier tour des coupes africaines, quand on arrive à envoyer nos listes à la CAF à temps. Si Etoudi n’est pas prêt, on ne peut pas jouer la finale de la coupe du Cameroun. Du coup, l’Aigle Royal de la Menoua qui se prépare pour sa campagne africaine a même eu le temps d’aller faire un tour en Elite two avant de revenir.

Dès qu’on ose la moindre critique, on est passible de Tribunal militaire. Un conflit stupide ruine le football camerounais depuis plus de quatre ans. Aucun arbitre pour siffler la fin. Mais « Le pays est debout », comme s’il pouvait être couché. Je ne sais pas à qui nous croyons faire du mal.

Dr Claude KANA
Historien du football

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