Cap-Vert – Cameroun: les enjeux d’une affiche aux allures de finale
Le Cap-Vert reçoit le Cameroun le 9 septembre prochain à Praia, dans le cadre de la 8e journée des éliminatoires de la coupe du monde 2026: les Lions indomptables ont l’obligation de gagner s’ils veulent maintenir le contrôle de leur destin à l’issue d’une rencontre aux enjeux multiformes.
À quatre journées de la fin des éliminatoires de la coupe du monde 2026 dans la Zone Afrique, le Cameroun est en ballotage défavorable, même s’il a encore le contrôle de son destin. Deuxième du groupe D avec 12 points au compteur et une longueur de retard sur le leader le Cap-Vert, c’est justement face à cette équipe que se fera la décision dans ce groupe où un seul ticket est à prendre. Les Lions Indomptables seront opposés aux Requins bleus du Cap-Vert le 9 septembre, à l’Estádio Nacional de Cabo Verde. Une rencontre aux multiples enjeux qui transcendent le simple cadre sportif.
La santé financière de la FECAFOOT
Cap-Vert – Cameroun est le match qui devrait décider de la qualification ou non des Lions Indomptables à la prochaine Coupe du monde de football qu’abritent le Canada, les États Unis et le Mexique. Une victoire placerait certainement le Cameroun en tête de son groupe à deux journées de la fin des éliminatoires. Compte tenu de l’importance de la manne financière qu’implique la participation à cette compétition, l’enjeu économique est de taille pour le Cameroun et singulièrement sa fédération. En effet, c’est un montant d’environ 4 milliards de francs CFA que devrait empocher la FECAFOOT en cas de qualification des Lions pour le mondial. Mais cela passera inéluctablement par une victoire à Praia le 9 septembre. Dans un contexte marqué par une forte austérité budgétaire à la Fédération Camerounaise de Football, nul doute que la qualification à la coupe du monde apportera un gros bol d’air à cette institution en proie à d’énormes difficultés financières.
Marc Brys et l’urgence d’un match référence à l’extérieur
Depuis l’arrivée de Marc Brys à la tête des Lions Indomptables il y a un peu plus d’un an, l’équipe affiche un visage très contrasté en fonction du fait qu’elle évolue à domicile ou à l’extérieur. Si les Lions version Brys ont toujours été souverains sur le triangle national, on n’en est bien loin lors de leurs déplacements hors de nos frontières. Brys a réalisé un parcours parfait à domicile, avec 5 victoires en 5 matchs, marquant 14 buts et n’en encaissant que 4. À l’extérieur en cinq matchs officiels cependant, le Belge n’a été vainqueur qu’une seule fois (1-0) face au Kenya, contre quatre matchs nuls. Le rendez-vous face au Cap-Vert à Praia se présente donc comme un vrai marqueur de l’emprise tactique et symbolique de Brys sur cette équipe à laquelle l’on attribue désormais une embellie certaine dans le jeu. Une victoire avec la manière au Cap-Vert (forteresse jusqu’ici imprenable) devrait définitivement entériner l’idée de Brys comme moteur de la renaissance des Lions, tandis qu’une défaite ou un nul dressera definitivement le plafond de verre du belge qui se sera montré impuissant hors de Yaoundé.
Sauver le soldat Eto’o !
S’il y a un camerounais qui tirera le plus grand bénéfice de la victoire des Lions au Cap-Vert le 9 septembre prochain, c’est bien Samuel Eto’o. Malgré les multiples conflits contreproductifs qu’il a longtemps entretenus au sein de cette sélection ces derniers mois, il sera le principal bénéficiaire d’une éventuelle victoire des Lions à Praia. Au delà des rentrées financières qu’implique une qualification pour la Coupe du monde, la victoire face au Cap-Vert fera à coup sûr l’objet d’une récupération de la part de Samuel Eto’o dont le mandat à la FECAFOOT a jusqu’ici été un amas d’échecs et déconvenues sportives légendaires. Plus que quiconque, le président de la Fédération qui est déjà en campagne a donc besoin de cette victoire, qu’il devrait utiliser comme argument de propagande pour la reconquête de son poste, même s’il est de notoriété publique qu’il a régulièrement joué contre les intérêts de cette équipe, comme l’a souvent relevé Marc Brys.
Vecteur de cohésion sociopolitique
Le Cameroun connaît ces derniers mois quelques petites tensions Socios-politiques qui, bien que jugulées par les pouvoirs publics, peuvent à tout moment déborder et conduire à des troubles graves. Ce ne sont pas les dernières actualités autour du contentieux préélectoral qui ont calmé la situation, si elles ne l’ont d’ailleurs pas envenimée. Ainsi, du moment où le football et singulièrement les Lions indomptables ont toujours servi aux Politiques comme élément de ralliement de tous les camerounais, nul doute qu’une victoire face au Cap-Vert posera les jalons d’une récupération politique qui pourrait d’ailleurs déboucher à un argument de campagne pour le parti politique au pouvoir. La victoire des Lions, synonyme de ballottage désormais favorable en vue d’une qualification pour le mondial, pourrait donc servir aux politiques d’outil de consolidation de la cohésion et la paix sociale, en plus d’être un argument pour la campagne du chef de l’Etat, candidat à sa propre succession.
Le match du Cameroun face au Cap-Vert à Praia ce 9 septembre revêt donc des enjeux multiformes. En plus de l’évident enjeu sportif (victoire et reprise de la tête du groupe D), se greffent d’autres enjeux qui vont de la santé financière de la Fédération à la consolidation de la paix au Cameroun, ceci passant par la symbolique d’une victoire de référence pour Brys à l’extérieur et la correction d’un bilan sportif catastrophique du mandat de Samuel Eto’o, marqué par des éliminatoires en cascade de nos différentes sélections nationales. Les Lions sont prévenus, il faudra faire plus qu’un match simple pour battre cette équipe capverdienne qui arrivera avec la faveur de l’avantage psychologique du fait des dernières réceptions des Lions à l’Estádio Nacional de Cabo Verde.
Alain Denis Ikoul