FECAFOOT : Dix ans de bâillonnement pour ceux qui ont osé demander des comptes
La mascarade continue au sein de la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT). Sur un document devenu viral daté du mardi 21 juillet 2025, la soi-disante “Chambre de Jugement” de la Commission d’Ethique a frappé fort, très fort. Mais pas contre la corruption, le détournement ou la gabegie qui rongent l’institution depuis décembre 2021. Non. Elle a frappé, avec une brutalité administrative sans pareille, contre ceux qui ont eu le courage, la témérité, de saisir les juridictions compétentes, au Cameroun et à l’étranger, pour exiger enfin la vérité sur les détournements massifs de fonds publics orchestrés par l’exécutif de la Fédération. KOUEDEM François, GUIBAÏ GATAMA , MOHAMADOU , Aboubakar ALIM KONATÉ et ISSA BASSORO viennent d’être suspendus pour dix longues années et condamnés à des amendes exorbitantes de dix millions de FCFA chacun. Leur crime ? Avoir voulu mettre en lumière les magouilles qui profitent à une poignée.
Pourtant, regardons les faits froids de cette décision n°7, rendue à Yaoundé. On y déclare ces messieurs coupables de violation des “règles de conduite générale” et surtout de violation de “l’obligation de loyauté” envers la FECAFOOT. Quelle ironie amère ! La loyauté exigée ici, c’est le silence complice face aux malversations. C’est l’obéissance aveugle à un système pourri. Demander des comptes sur l’argent du football camerounais, oser vouloir la transparence sur les milliards qui s’évaporent, voilà ce que la FECAFOOT qualifie aujourd’hui de “déloyauté” et de “manquement éthique”. Le véritable manquement éthique, il est dans les coffres vidés et les comptes opaques que ces hommes ont tenté de faire auditer !
Et voilà le vrai visage de la “refondation” promise depuis quatre ans. Depuis que le vent de la contestation souffle un peu trop fort, les réunions, les instances, les commissions sensées “redonner au football toute sa grandeur” ne se réunissent plus que pour une seule et unique mission : traquer, juger et abattre les derniers honnêtes gens. Ceux qui refusent de courber l’échine. Ceux qui ne participent pas au festin. Ces commissions ne sont que des chambres d’enregistrement de décisions prises en amont, des outils de répression contre quiconque ose défier le président actuel et son staff vorace, accusés de dévorer des milliards de FCFA sans aucun scrupule. Chaque suspension, chaque radiation prononcée ces dernières années ressemble à un avertissement sinistre adressé aux autres : “Tais-toi, ou c’est ton tour”.
Mais ce qui est plus étonnant, plus révélateur encore de la manœuvre politique, c’est le TIMING parfait de cette publication. Alors que tout le Cameroun a les yeux braqués sur ELECAM et la sélection ultra-sensible des candidats pour la prochaine élection présidentielle, voilà que la FECAFOOT choisit précisément ce moment pour publier sa lourde sanction. Comme par hasard ! Une coïncidence trop grosse pour être honnête.
Est-ce une tentative de noyer le poisson, de détourner l’attention des vrais enjeux nationaux ? Ou un message adressé à tous ceux, dans d’autres sphères, qui pourraient être tentés de réclamer eux aussi transparence et reddition des comptes ? “Regardez ce qui arrive à ceux qui dérangent”, semble souffler la Fédération. Cette concomitance troublante entre l’activité électorale nationale et cette purge interne à la FECAFOOT n’est pas anodine, elle sent la manipulation et l’intimidation à plein nez.
C’est donc cela que la jeunesse camerounaise est censée soutenir ? C’est cette FECAFOOT-là, engluée dans ses scandales, dirigée par un président décrié qui <> et un staff dont l’appétit financier n’a d’égal que le mépris pour le football de base, que nos jeunes doivent applaudir ? On leur vend des rêves de CAN et de Coupe du Monde, on agite le drapeau des Lions Indomptables comme un hochet, pendant que les fonds destinés à développer les stades, les centres de formation, les championnats locaux, disparaissent dans des trous noirs comptables. Avec une gestion aussi calamiteuse, aussi opaque, aussi répressive contre ses propres membres soucieux de probité, il ne faut pas rêver : la seule coupe que cette équipe dirigeante est en train de gagner, c’est la coupe de la honte et du discrédit international.
Dix ans de suspension pour les lanceurs d’alerte, c’est dix ans de silence forcé, dix ans de gâchis supplémentaire pour le football camerounais. Et pendant ce temps, les vrais responsables des détournements présumés continuent, imperturbables, à piloter le navire… droit vers l’iceberg. Voilà comment on tue un sport, voilà comment on trahit une nation entière de passionnés. La grandeur du football camerounais ? Elle est suspendue pour dix ans, avec une amende de dix millions. Honte à ce système.
Comment peut-on espérer que notre football progresse avec une telle gestion ? Avec une FECAFOOT qui préfère la terreur à la rigueur, le mensonge à la réforme, la répression à la responsabilité ? Avec un président plus prompt à monter des shows médiatiques qu’à rendre des comptes ?
Si la jeunesse camerounaise soutient encore cela, alors qu’elle ne s’étonne pas qu’on gagne bientôt… la coupe du monde de la honte. Parce qu’en réalité, ce n’est plus du sport, c’est du théâtre. Ce n’est plus une fédération, c’est un tribunal privé. Ce n’est plus un projet national, c’est un empire personnel. Et pendant que les meilleurs partent, pendant que les talents fuient, ceux qui restent subissent le silence ou la suspension.
Mais l’histoire est têtue. Et la vérité finit toujours par éclater. Car tôt ou tard, les masques tomberont, et les fossoyeurs du football camerounais répondront de leurs actes. Quant à ceux que l’on a voulu enterrer vivants, ils reviendront, plus forts. Car la justice ne meurt jamais. Elle attend juste son heure.
Blaise ETONGTEK