Tournoi de Montaigu : Trois matchs, deux défaites, une illusion… et une délégation présidentielle !
C’est une participation qui laisse un goût amer, mais surtout, qui dévoile une fois de plus le vrai visage du football camerounais à sa base : une coquille vide. Les Lions U16 viennent de prendre part au tournoi de Montaigu en France. Bilan sportif ? Une victoire (1-0 contre le District de Vendée), deux défaites (1-0 contre la Chine, 4-0 contre la France). Mais ce qui devrait nous attrister, ce n’est pas seulement ce bilan. C’est ce qu’il révèle.
Car soyons lucides : pouvait-on espérer mieux d’une sélection juvénile sortie de nulle part, dans un pays où les jeunes n’ont ni championnat structuré, ni formation continue, ni véritable politique d’encadrement ? Ce qui s’est passé à Montaigu n’est pas un accident, mais la conséquence directe d’un abandon programmé du football de base par la Fédération Camerounaise de Football (FECAFOOT).
La FECAFOOT et son président ne font pas du football jeune une priorité. Voilà une réalité qu’on ne peut plus cacher derrière les discours lustrés et les hashtags mensongers. Quand la formation des jeunes est livrée à elle-même, quand les écoles de football se battent seules avec leurs maigres moyens, quand les tournois de détection locaux sont rares, et quand il n’existe même pas de calendrier régulier pour les championnats jeunes, que peut-on réellement espérer d’une sélection U16 ? De la magie ? Un exploit tombé du ciel ? Certainement pas.
Mais pendant que les jeunes faisaient de leur mieux sur le terrain, un autre spectacle se jouait… dans les coulisses et dans les tribunes. Et là, il y avait du beau monde. Une délégation pléthorique pour un petit tournoi international. Même le président de la FECAFOOT, Samuel Eto’o, a fait le déplacement ! La question est simple : était-ce vraiment nécessaire ? Pour trois petits matchs en phase de poule, fallait-il mobiliser autant de ressources humaines et financières ? Qui a payé tous ces billets d’avion ? Ces hôtels ? Ces restaurants ? Le contribuable camerounais, encore et toujours ?
Et pendant que le président de la FECAFOOT flânait à Montaigu, à des milliers de kilomètres de là, la Easter CUP Patricia Berthelot battait son plein sur les stades poussiéreux du Cameroun, sans la moindre attention médiatique ou fédérale. Aucun mot d’encouragement, aucune caméra, aucun officiel de haut rang. Pas même un clin d’œil du président pourtant si prompt à célébrer les exploits sur les réseaux sociaux, à afficher fièrement des prétendues victoires juridiques …. À montrer ses avoirs.
C’est là que le bât blesse. Le moindre tournoi à l’étranger est devenu, pour certains responsables de notre football, un prétexte de tourisme sportif, une occasion de faire plaisir à leurs amis, aux influenceurs, aux journalistes amis et à quelques courtisans toujours prêts à chanter leurs louanges. Un coup, on envoie un fidèle défenseur jouer les pédagogues au Maroc, un autre, c’est un influenceur et une journaliste qui se pavanent dans les tribunes en France, pendant que les vrais acteurs du football local rament dans l’oubli et l’indifférence.
Le football jeune au Cameroun n’existe que de nom. Ce que nous avons vu à Montaigu est le miroir d’un système défaillant. La défaite contre la Chine n’est pas un drame. La gifle contre la France est un avertissement. Mais le vrai scandale, c’est cette incapacité structurelle à bâtir l’avenir du football camerounais. Une maison sans fondation ne tient pas longtemps debout.
Et pourtant, il y a des priorités urgentes à gérer ici, chez nous. Les clubs de première et deuxième divisions manquent de financement. Les stades sont en ruine. Les arbitres crient famine. Mais pendant ce temps, le président de la FECAFOOT parade à l’étranger comme un chef d’État en campagne, oubliant que sa mission première est ici, dans son pays.
Jusqu’à quand allons-nous tolérer ce décalage entre le discours et les actes ? Jusqu’à quand notre jeunesse footballistique va-t-elle subir les conséquences de ce mépris institutionnel ? À Montaigu, ce sont nos jeunes qui ont perdu. Mais la véritable défaite est celle de notre système, celle d’un football camerounais qui regarde vers l’extérieur quand tout brûle à l’intérieur.
Il est temps de se réveiller. Il est temps d’arrêter de faire semblant. Le football jeune ne se résume pas à des sélections improvisées pour des tournois internationaux. Il se construit dans la durée, avec des politiques claires, des moyens et surtout… du sérieux.