Emmanuel Kundé : le baobab serein du football camerounais s’est couché
Le 16 mai 2025, le Cameroun a perdu l’un de ses plus grands fils du football. Emmanuel Jérôme Kundé s’est éteint à l’âge de 68 ans, laissant derrière lui un héritage monumental . Défenseur d’exception, capitaine naturel, entraîneur respecté, il fut de toutes les conquêtes glorieuses des Lions Indomptables et du Canon de Yaoundé, son club de cœur.
Né en 1956, Emmanuel Kundé n’était pas qu’un simple joueur de football. Il était un meneur d’hommes silencieux, calme et serein, dont la seule présence suffisait à rassurer ses coéquipiers et à intimider ses adversaires. Formé dans les clubs de Mbankomo et de la Tempête de Nanga-Eboko, il éclot véritablement au Canon Sportif de Yaoundé (1977-1987), où il s’impose comme l’un des piliers d’une génération dorée.
Son palmarès parle de lui-même : six titres de champion du Cameroun, quatre Coupes du Cameroun, deux Coupes d’Afrique des clubs champions (1978 et 1980), et une Coupe des vainqueurs de coupe en 1979. Avec le Canon, il n’a pas seulement gagné des titres, il a marqué une époque.
En équipe nationale, entre 1979 et 1992, il a honoré 127 sélections et inscrit 15 buts, un chiffre remarquable pour un défenseur. Il fut l’un des grands artisans des victoires en Coupe d’Afrique des Nations en 1984 et 1988. En 1988, c’est lui, du haut de son calme légendaire, qui transforme le penalty de la victoire en finale contre le Nigeria, offrant au Cameroun son deuxième sacre continental.
Mais c’est surtout lors de la Coupe du Monde 1990 que le monde entier découvre l’âme de capitaine d’Emmanuel Kundé. Face à l’Angleterre en quart de finale, il inscrit à nouveau un penalty crucial, égalisant pour les Lions dans un match qui reste à ce jour le sommet de la participation du Cameroun à un Mondial. Le Cameroun tombera les armes à la main (2-3), mais Kundé, lui, entrera à jamais dans la légende.
Après avoir raccroché les crampons, Kundé ne quitte pas les terrains. Il devient entraîneur et revient d’abord au Canon pour le sauver de la relégation et l’emmener en compétition continentale. Puis il s’envole pour le Gabon où il marque durablement l’histoire de l’US Bitam.
Sous sa houlette, le club réalise un exploit historique : un doublé Coupe / Championnat en 2003, une première. Il y revient à plusieurs reprises, toujours comme homme de la situation, calme en apparence, mais stratège redoutable. Il mène Bitam à la Ligue des champions, à la Coupe UNIFFAC, et en 2010, un nouveau doublé vient confirmer son aura.
Son passage comme directeur technique du club est aussi marquant : les fondations qu’il pose continueront de porter des fruits après son départ.
Un baobab s’en est allé
Le Cameroun perd un monument. Rigobert Song, autre icône du football national, a trouvé les mots justes : « Un très grand meneur d’homme, calme, serein, naturellement capitaine… ce baobab, champion hors échelle ». Et en effet, Kundé n’était pas un homme de grands discours, mais de grands actes. Une figure noble, droite, constante, dont le calme n’était jamais une faiblesse mais une force tranquille, inspirante.
Son parcours, de Mbankomo aux plus grandes scènes mondiales, incarne la résilience et la grandeur. Emmanuel Kundé n’a jamais cherché les projecteurs, mais ils l’ont trouvé, car la grandeur ne se proclame pas, elle s’impose.
À toi Kundé, capitaine sans tambour, mais au cœur de lion. Que la terre de nos ancêtres te soit légère.